Sonnets de printemps
30/03/2010Une autre
Malgré moi mon regard inspecte ton visage
Y cherche des défauts – dois-je craindre un soufflet ? –
S’en détourne, y revient, en saisit un reflet,
Le peint dans mon esprit tel un doux paysage.
Le charme fallacieux dont elle fit usage
Pour que ses soupirants vinssent à son sifflet
– Je lui offrais mon coeur, quel triste camouflet ! –
Marque-t-il à jamais un horrible présage ?
Je me permets ici ce portrait accablant
Car entre vos minois je fais un lien troublant.
Oublions ce qui fut et buvons : « à la nôtre ! »
Je retrouve un aplomb jusqu’alors émietté
Et te dis dans un souffle aussitôt regretté :
« Je sais, je te contemple et je pense à une autre… »
Epitaphe
Je n’imaginais pas cette péroraison :
Je meurs dans une pente où la neige dévale
Et déplore les mots que contraint je ravale ;
A regret je vous quitte avant la frondaison !
Mais qu’importe l’endroit tant qu’en chaque saison
Un rayon de soleil, une brise estivale,
De la brume en novembre, une grue en cavale
Egayent mes longs jours jusqu’à la déraison.
Pourriez-vous lancer une étrange tendance ?
Deux ou trois fois par an, que sur ma tombe on danse
Quand je pourris sous terre et que le ver me mord.
Une stèle sans croix sans lune sans étoile
Juste une ballerine en vaporeuse toile
Et pour toute épitaphe : « il vécut, puis est mort ! »
